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Les écrivains vous inspirent :

Pour l'année Corneille… Un texte de Gérard Leroy…
(Voir ci-dessous "Corneille en Cid" par le sculpteur-écrivain.
Les 2 autres photos du diaporama sont de S. Arnaudeau :
Corneille de pied en cap(e), Place du Panthéon

Nous partîmes à deux : moi, mon ombre et mon destin
Mon destin était double, il n'en fallait choisir qu'un.
L'ombre est pareille à l'épée qui tranche des deux côté.
Tel un gant
à la face, un défi est jeté.
Se balance, tenu, fragile qui m'est cher
Un cœur sur le fil, à la droite du père.
Le sang sur la chemise a su laver l'affront.
Mais l'âme désormais est scindée, et fissuré le mont :
La cime qui portait et l'amour et la noblesse ;
Qui, aux cieux, répondait haut par une messe,
Vacille, tout honneur bu, renversant le calice,
Effarouchant le regard et le front qui se plisse.
Ô rage, Ô désespoir, Ô jeunesse ennemie
Ai-je si peu vécu de cette parousie !
L'État arbitre-t-il entre les flots du sang,
À la pointe du front assemble-t-il les courants ?
La couronne peut seul ceindre cette union
Des contraires, d'élans disjoints des êtres qui sont bons.
Être ou mal être lequel emportera l'ombre,
L'habillera de lumière, de faisceaux en grand nombre ?
J'ai un cœur, Chimène, il saigne au travers de ton père.
Le mien fut insulté et l'homme était amère.
L'appel fut
entendu, la lignée enfila la vengeance,
Comme jadis foulant au sol béni l'autre engeance
Qui souillait le tombeau et la grandeur de l'Espagne.
Déroulant le parchemin des victoires, le chemin des pagnes
Accourant de partout, de Grenade à Tolède,
En pressant l'ennemi d'épouvante, tous clamaient à l'aide.
Malgré leur courage, la retraite seule saisit les Maures.
Galvanisés, nous nous ressaisîmes et confondant les morts,
La geste d'Occident, l'esprit le corps et l'âme,
Repoussant l'assaillant, ensemble nous dirigions la lame.
Aujourd‚hui, noblesse contre noblesse,
L'ombre et le destin ennemis nous blessent.
L'amour recouvert du terreau de la haine
La filiation du devoir de mémoire faisant chaîne
Cœur contre ancêtres, nous voudrions aimer !
Les liens du sang contre nous, l‚esprit est déchiré.
Il nous faudra choisir, ou appliquer la loi.
Ou la Loi dictera, et au-dessus le Roi.
Que la sagesse
surmonte nos contradictions,
Qu'elle imprime de son sceau la cire de compassion.
Rassemblés par delà tout langage
Nous engagerons nos vies au delà de nos âges.
La vieillesse la jeunesse enfin réunies
Nous unirons nos ombres dans un puits de lumière
Comme nous respecterons nos ennemis les plus fiers.
L'esprit a sa raison, le cœur a sa passion
Oui, allons, courons et volons,
La noblesse sublimera toutes nos différences
A la vie, à l‚amour, offrons une nouvelle chance !

© Gérard Leroy, 2006

Et voici donc Jules Verne :
à sa table, ses doigts enserrent la plume et l'encrier,
de l'un à l'autre parcourant le chemin de l'inspiration en un éclair.
Sa cervelle s'allume, le papier s'embue
des sentiments de l'écrivain méditant son double étrange.
L'encre et la mer se diluent sur la feuille qui tourne, virevolte.
Les doigts rament de plus en plus vite ;
le regard, fiévreux, transperce la page.
Il fait miroiter les eaux, l'écume du rêve qui transporte l'écrivain
l'emporte au-delà du bureau, au ciel de ses puissances,
au trait du génie qui l'abîme.
Jules Verne plonge, il glisse en l'antre d‚un nouveau songe,
s'en va rejoindre la perle au fond de l‚océan salvateur :
là se dispersent les mesquineries de son temps,
les violences assassines de l'âme.
Là se dilue la peur de l'avenir, se rencontrent les amis du paradoxe,
de la vérité à double visage, sans duplicité aucune.
Là surgit le fantôme, et le chaos prend figure.
Le Capitaine Nemo tient la barre,
ses yeux scrutent l'horizon,
de l'une à l'autre sa main dessine de vastes cercles concentriques.
Son cœur s'enflamme, le vaisseau à fière allure file droit devant,
ses feux faisant face au soleil couchant.
L'animal mécanique ralentit sa manœuvre ;
le geste sûr dirige la descente.
Il éteint le jour avec lui, rejoignant les abîmes,
transportant les espoirs en de grands parchemins rivés dans les coffres,
les trésors d'idéal que les humains convoitent sans mérites.
Nemo plonge, il souffle à l'orée d'un nouveau rêve,
il imagine l'écrivain qui relancerait l'avenir au-delà de la haine,
la ferait rebondir jusqu'aux nuages, par-delà l'horizon électrique
de la vanité des sociétés d'exploitation, pour le service des hommes.
En ces nuages ont fondu les ferments, les ténèbres ont allumé un grand feu.
Là les esprits nobles se réchauffent,
se désaltèrent aux mêmes sources et rassasient les peuples...
A la fontaine de jouvence boivent ensemble les deux maturités :
l'écrivain, l'être de ses songes.
Le créateur et la créature se méditant l'un l'autre,
de l'essence à l'existence mêlant leur sang, leur esprit, leurs volontés.
Fermant les yeux, ils allument un regard convergent :
vers une statue qui les contient tous les deux,
les rassemble harmonieusement pour féconder le meilleur, et la délivrance.
Leurs traits dynamiques se sont noués, ont épousé leurs rythmes.
Le précieux enrobera ce visage majestueux,
l'airain coulera des larmes d'un monde trop souvent dévasté.
Le métal en fusion refroidi par les fonds sous-marins
durcira la forme au moment opportun, chargé d‚une lourde mémoire,
d'un caractère solide, mais fluide et souriant à qui sait le saisir en son âme.
Nouvelle approche, nouveau mariage du cœur et de la raison.
Le sculpteur, témoin de leurs ébats, a imprimé dans la cire son sceau,
puis, invoquant les puissances et la muse, a figé l'acte dans le bronze,
confondu les barbes avec les vagues, clarifié le trouble liquide,
le tumulte d'un océan devenant de plus en plus pacifique.
Jules Verne en Capitaine Nemo et le statuaire
scellent le pacte du destin d'un nouveau monde.

© Gérard Leroy, 2005

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