V
Roses, en bracelet autour du tronc de l'arbre,
Sur le mur, en rideau,
Svelte parure au bord de la vasque de marbre,
D'où s'élance un jet d'eau,Roses, je veux encore tresser quelque couronne
Avec votre beauté ;
Et comme un jeune avril embellir mon automne
Au bout de mon été.Quatrième livre
La rose du Jardin que javais méprisée
A cause de son simple et modeste contour,
Sans se baigner dazur, sans humer la rosée,
Dans le vase, captive, a vécu plus dun jour.
Puis lasse, abandonnée à ses pâleurs fatales,
Ayant fini déclore et de sépanouir,
Elle laise tomber lentement ses pétales,
Indifférente au soin de vivre ou de mourir.
Lorsque lobscur destin passe, sachons nous taire.
Pourquoi ce souvenir que jemporte aujourdhui ?
Mon cur est trop chargé dombres et de mystère.
Les roses que jaimais seffeuillent chaque jour ;
Toute saison nest pas aux blondes pousses neuves ;
Le Zéphyr a soufflé trop longtemps ; cest le tour
Du cruel aqui lon qui condense les fleuves.
Vous faut-il, Allégresse, enfler ainsi la voix,
Et ne savez-vous point que cest grande folie,
Quand vous venez sans cause agacer sous mes doigts
Une corde vouée à la mélancolie ?
X
Jai choisi cette rose au fond dun vieux panier
Que portait par la rue une marchande rousse ;
Ses pétales sont beaux du premier au dernier,
Sa pourpre vigoureuse en même temps est douce.
Vraiment dune autre rose elle diffère moins
Que la lanterne fait dune vessie enflée :
A ne sy pas tromper quun sot mette ses soins,
Mais sa perfection est chose plus celée.
XI
Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ;
Ou cest dun esprit sot ou cest dune âme basse.
Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ;
Cest dun mauvais courage et qui trop tôt se lasse.
Riez comme au printemps sagitent les rameaux,
Pleurez comme la bise ou le flot sur la grève,
Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux ;
Et dites : cest beaucoup et cest lombre dun rêve.
Deuxième livre
IV
Je viens de mal parler de toi, rose superbe.
Si ton éclat est vif, rose, tu sais pourtant,
Seule dans le cristal, au milieu de la gerbe,
Aussi bien que les yeux rendre le cur content.
Un jour, contre le mur dune porte gothique
(Jerrais en ce temps-là dans les pays du Nord)
Rose, tu mapparus très pâle et fantastique
et frissonnante au vent plein de pluie et de mort.
XV
Paris, je te ressemble : un instant le soleil
Brille dans ton ciel bleu, puis soudain cest la brume ;
Au veuf septentrion si tu te fais pareil,
Tu passes les pays que le zéphyr parfume.
Triste jusquà la mort, en même temps joyeux,
Tout mest concours heureux et sinistre présage ;
Sans cause lallégresse a pleuré dans mes yeux,
Et le sombre destin sourit sur mon visage.
Le spectre dune fleur est un fardeau pour lui.
VII
Quimporte à la rose superbe
Le vent qui leffeuille sur lherbe !
Quimporte à laigle étincelant
Le plomb qui labat tout sanglant !
Quimporte aux accents de ma lyre
Le plus injurieux délire,
Et quimporte à ma vie encor
Davoir si mal pris son essor !
Septième livre
Les Syrtes
Les roses jaunes ceignent les troncs
Des grands platanes, dans le jardin
Où cest comme un tintement soudain
Deau qui ségoutte en les bassins ronds.
Nul battement dailes, au matin ;
Au soir, nul souffle couchants les fronts
Des lys pâlis, et des liserons
Pâlis au clair de lune incertain.
Et dans ce calme où la fraîcheur tombe,
Cest comme in apaisement de tombe,
Comme une mort qui lente viendrait
Sceller nos yeux dans sa main clémente,
Dans ce calme où rien ne se lamente
Ou par lespace ou par la forêt.
Les Cantilènes (1883-1886)
Roses de Damas, pourpres roses, blanches roses,
Où sont vos parfums, vos pétales éclatants ?
Où sont vos chansons, vos ailes couleur du temps,
Oiseaux miraculeux, oiseaux bleus, oiseaux roses ?
O neiges dantan, vos prouesses, capitans !
A jamais abolis les effets et les causes,
Et pas daurore écrite en les métempsycoses :
Baumes précieux, que tous des orviétans !
Surpris les essors aux embûches malitornes.
Les cerfs sen sont allés la flèche entre les cornes,
Aux durs accords des cors les cerfs sen sont allés.
Et nous sommes au bois la belle dont les sommes
Pour éternellement demeureront scellés
Comme une ombre au manoir rétrospectif, nous sommes.
© SimoneA, 2003-2008