X
Jai
choisi cette rose au fond dun vieux panier
Que portait par la rue une
marchande rousse ;
Ses pétales sont beaux du premier au dernier,
Sa
pourpre vigoureuse en même temps est douce.
Vraiment dune autre
rose elle diffère moins
Que la lanterne fait dune vessie enflée
:
A ne sy pas tromper quun sot mette ses soins,
Mais sa perfection
est chose plus celée.
XI
Ne
dites pas : la vie est un joyeux festin ;
Ou cest dun esprit sot
ou cest dune âme basse.
Surtout ne dites point : elle est
malheur sans fin ;
Cest dun mauvais courage et qui trop tôt
se lasse.
Riez comme au printemps sagitent les rameaux,
Pleurez comme
la bise ou le flot sur la grève,
Goûtez tous les plaisirs et souffrez
tous les maux ;
Et dites : cest beaucoup et cest lombre dun
rêve.
Deuxième livre
IV
Je
viens de mal parler de toi, rose superbe.
Si ton éclat est vif, rose,
tu sais pourtant,
Seule dans le cristal, au milieu de la gerbe,
Aussi bien
que les yeux rendre le cur content.
Un jour, contre le mur dune
porte gothique
(Jerrais en ce temps-là dans les pays du Nord)
Rose,
tu mapparus très pâle et fantastique
et frissonnante au
vent plein de pluie et de mort.
XV
Paris,
je te ressemble : un instant le soleil
Brille dans ton ciel bleu, puis soudain
cest la brume ;
Au veuf septentrion si tu te fais pareil,
Tu passes
les pays que le zéphyr parfume.
Triste jusquà la mort,
en même temps joyeux,
Tout mest concours heureux et sinistre présage
;
Sans cause lallégresse a pleuré dans mes yeux,
Et
le sombre destin sourit sur mon visage.
Le spectre dune fleur est un
fardeau pour lui.
VII
Quimporte
à la rose superbe
Le vent qui leffeuille sur lherbe !
Quimporte
à laigle étincelant
Le plomb qui labat tout sanglant
!
Quimporte aux accents de ma lyre
Le plus injurieux délire,
Et
quimporte à ma vie encor
Davoir si mal pris son essor !
Septième
livre
Les
Syrtes
Les roses jaunes ceignent les troncs
Des grands platanes, dans
le jardin
Où cest comme un tintement soudain
Deau qui
ségoutte en les bassins ronds.
Nul battement dailes, au
matin ;
Au soir, nul souffle couchants les fronts
Des lys pâlis, et
des liserons
Pâlis au clair de lune incertain.
Et dans ce calme où
la fraîcheur tombe,
Cest comme in apaisement de tombe,
Comme
une mort qui lente viendrait
Sceller nos yeux dans sa main clémente,
Dans
ce calme où rien ne se lamente
Ou par lespace ou par la forêt.
Les
Cantilènes (1883-1886)
Roses de Damas, pourpres roses, blanches
roses,
Où sont vos parfums, vos pétales éclatants ?
Où
sont vos chansons, vos ailes couleur du temps,
Oiseaux miraculeux, oiseaux
bleus, oiseaux roses ?
O neiges dantan, vos prouesses, capitans !
A
jamais abolis les effets et les causes,
Et pas daurore écrite
en les métempsycoses :
Baumes précieux, que tous des orviétans
!
Surpris les essors aux embûches malitornes.
Les cerfs sen
sont allés la flèche entre les cornes,
Aux durs accords des cors
les cerfs sen sont allés.
Et nous sommes au bois la belle dont
les sommes
Pour éternellement demeureront scellés
Comme
une ombre au manoir rétrospectif, nous sommes.