Vierges
de dix-huit ans, dénouez vos ceintures !
Versez, versez à flots
vos larmes encor pures,
Penchez votre cur plein et votre front si beau,
Dépouillez
les rosiers pour orner un tombeau.
La plus belle de vous est maintenant une
ombre.
Cétait pour ruisseler dans la demeure sombre
Que ses
doux cheveux dor, pleins de zéphyrs tremblants,
Etaient devenus
longs à cacher ses pieds blancs.
Quoi ! cétait pour loubli,
quoi ! cétait pour la tombe
Quelle était fraîche
et pure ainsi quune colombe !
Et cétait pour dormir, comme
nous la voyons,
Quelle avait ses yeux noirs étoilés de
rayons !
Hélas ! Dieu seul est grand, et connaît toutes choses.
Jeunes
filles, pleurez ! vierges, cueillez les roses !
Chaste Lydie !
enfant qui souriais si bien,
Tu vis, mais dans le ciel, esprit aérien
!
Certes, nous le savions, o tendre fleur fanée !
Il nous fallait
te perdre, et tu nétais pas née
Pour meurtrir comme nous
la plante de tes pieds
Dans cet étroit cachot de crimes expiés.
Dieu
qui, pour te créer, Ange entre ses merveilles,
A pétri des parfums
et des blancheurs vermeilles,
Ne pouvait pour longtemps, même dans ce
beau corps,
Texiler des rayons, te bannir des accords !
Mais si tôt
! mais si vite ! Et pourquoi, chère morte,
Nous a-t-il laissés
taimer, puisquil temporte ?
O coupe de parfums,
rose nouvelle, bois
Nos larmes ! Dépouillons les jardins et les bois
!
Jeunes filles, cueillez les roses avant lheure ;
Mêlons nos
pleurs amers à la brise qui pleure.
Votre Lydie est morte ! elle est
morte au printemps !
Peut-être il restait encor beaucoup de temps
Pour
aller dans les champs, pleins de senteurs divines,
Cueillir des liserons et
dhumbles églantines,
Pour sagiter aux vents comme un jeune
roseau,
Pour mêler quelque rêve à ses chansons doiseau,
Et
pour sourire aux cieux de rubis et dopales.
Morte ! Pourtant
la fièvre aux haleines fatales
Na pas mis le trésor de
tes jeunes appas
Sur un lit de douleur. Tout laimait. Ce nest pas
Le
fer, dernier espoir des espérances vaines,
Qui fit couler à flots
la pourpre de ses veines.
Non, tout laimait. La vague aux regards onduleux
Ne
la pas entraînée au fond des gouffres bleus.
Rien na
tranché le fil dune aussi belle vie.
Non. Seulement, un jour,
cette sainte ravie
Aima. Son âme avait, blanche comme sa main,
Trop
de fragilité pour un amour humain :
Elle a fui vers les cieux ainsi
quune nuée.
La flèche qui nous blesse, en jouant la
tuée.
(Le
sang de la Coupe)
La
femme aux roses
Nue,
et ses beaux cheveux laissant en vagues blondes
Courir à ses talons
des nappes vagabondes,
Elle dormait, sereine. Aux plis du matelas
Un sommeil
embaumé fermait ses grands yeux las,
Et ses bras vigoureux, pliés
comme des ailes,
Reposaient mollement sur des flots de dentelles.
Or, la
capricieuse avait, dun doigt coquet,
Sur elle et sur le lit parsemé
son bouquet,
Et, fond éblouissant pour ces splendeurs écloses
!
Son corps souple et superbe était jonché de roses.
Et
ses lèvres de flamme, et les fleurs de son sein,
Sur ces coteaux neigeux
quelle montre à dessein,
Semblaient, aux yeux séduits par
de douces chimères,
Les boutons rougissants de ces fleurs éphémères.
(Les
Stalactites)