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Jean Moréas et Leconte de lisle chantent les roses d'Ispahan

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de ce PPS : promenade poétique dans la roseraie de L'Hay les roses (94)

 

   Il est agréable de se figurer la jeune princesse auteur de Les Huit Paradis, à Ispahan, dans sa chambre encombrée de roses.
     Car il y en avait partout et à profusion. Il y en avait sur les plateaux et dans les verres et jusque dans la corbeille à pain.
     Et des pétales jonchaient encore les tapis et le seuil des portes. – Il faut en user,– soupirait la Voyageuse, – en jouir, épuiser tout de suite le fragile bonheur qu'elles peuvent nous donner, car demain, d'autres les remplaceront. On ne garde pas les roses de la veille, dans Ispahan…
     Elle prenait les plus ouvertes, et elle les serrait doucement entre ses mains, comme des fruits mûrs. Une moiteur suave emplissait ses
paumes. Elle pressait davantage, et de lueur
saignante coulait un peu d'eau que la nuit avait amassée là ses doigts en demeuraient rougis et longuement parfumés. Elle écrasait contre sa joue les calices les moins épanouis…
     – Ah !– soupirait-elle de nouveau, – les réunir en monceaux de pétales légers, puis les disperser au vent, jouer avec les plus rondes comme avec des balles, les déchirer ou les coudre, en faire des ceintures, des chapeaux, des guirlandes ou des chapelets. Quel plaisir, ces roses ! Quel plaisir désordonné ! Sans doute, ô Voyageuse, ce futur beau plaisir, et un grand désordre…
     Oui ! n'est-ce pas que la sévère architecture de la rose commande la discipline ?
Mais les roses d'Ispahan sont peut-être de ces roses, qui doivent se montrer réunies en gerbes ou en bouquets.
     A Paris seulement de rares roses font voir l'amère beauté d'une existence dépareillée.

     Je songe aussi aux roses d'un climat brumeux. Très pâles, elles frissonnent au vent plein de pluie et de mort.
     … Elle était si gaie la rose que j'ai cueillie un jour, entre les pierres d'un escalier champêtre!

     Je me souviens d'une autre rose ; cette rose blanche qu'une charmante jeune fille a conservée longtemps dans un vase, et dont j'ai composé l'épitaphe :

     La rose du jardin que j'avais méprisée
     A cause de son simple et modeste contour,
     Sans se baigner d'azur, sans humer la rosée,
     Dans le vase, captive, a vécu plus d'un jour.


     Puis lasse, abandonnée à ses pâleurs fatales,
     Ayant fini d'éclore et de s'épanouir,
     Elle laissa tomber lentement ses pétales,
     Indifférente au soin de vivre ou de mourir.


     Lorsque l'obscur destin passe, sachons nous taire.
     Pourquoi ce souvenir que j'emporte aujourd'hui ?
     Mon cœur est trop chargé d'ombres et de mystère
     Le spectre d'une fleur est un fardeau pour lui.

Leconte de Lisle

Les roses d'Ispahan

Les roses d'Ispahan dans leur gaine de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah ! que ton souffle léger.

Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l'eau vive et d'une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,
Mieux quel'oiseau qui chante au bord du nid de mousse.

Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l'oranger
Et l'eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !

O Leïlah ! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste arome aux roses dans leur mousse.

L'oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,
Ne chante plus parmi la rose et l'oranger ;
L'eau vive des jardins n'a plus de chanson douce,
L'aube ne dore plus le ciel pur et léger.

Oh ! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon coeur d'une aile prompte et douce,
Et qu'il parfume encor les fleurs de l'oranger,
Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse !

 

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