Voici des textes inédits
qui appartiennent à l'un des nombreux poètes galants du XVIIIème siècle
Bernard de Bonnard (1744-1784), militaire de formation,
dirigea l'éducation des enfants du duc de Chartres (le futur Philippe Égalité)
Où il est question de roses A Madame Holdt, en lui envoyant un rosierQuand vingt roses sortant d'une tige commune
En parfumant les airs charment nos sens flattés
Le groupe l'embellit des grâces de chacune.
C'est ainsi qu'une belle à nos yeux enchantés
Présente à la fois vingt beautés
Qui toutes ensemble en font une.
Pour le croire, il suffit de vous voir un moment,
Vous, en qui la nature assemble
Tant de fleurs de beauté d'esprit et d'agrément ;
Chacune plaît à part, toutes plaisent ensemble
Et de leur union résulte un tout charmant.De mon rosier si je vous fais hommage,
Vous le voyez, ce n'est pas sans raison,
Chloé, puisqu'il est votre image.
Mais sans trop s'arrêter à la comparaison,
Mon cur à vous l'offrir trouve un grand avantage.J'ai raisonné, j'ai dit : la plus brillante fleur
Ne dure hélas qu'une journée
Et fût-elle un tribut du cur
Dès qu'elle a perdu sa fraîcheur
On oublie aisément la main qui l'a donnée.
Mais, tant que mon rosier vivra,
Mon rosier portera des roses
Et, que sait-on, peut-être en les voyant écloses,
Chloé de moi se souviendra.
Puissent l'amitié tendre et mes destins propices
Confirmer un penser si doux!
Que cet arbuste heureux croissant sous vos auspices
Ait chaque jour au moins une rose pour vous.L'Amour et l'Amitié
Fils des sens et tyran des curs,
Tendre, brillant, vif et volage,
Nourri de plaisirs et de pleurs,
L'Amour est le dieu du bel âge.L'Amitié paisible a son tour;
Ses dons sont les fleurs de l'automne ;
Son règne dure plus d'un jour,
Et promet moins qu'il nous donne.Aux premiers rayons du printemps,
On voit la rose purpurine
Flatter les yeux quelques instants,
Et se flétrir sur sa racine.Moins orgueilleuse en sa couleur,
L'immortelle, plus tard éclose,
Des hivers bravant les rigueurs,
Voit cent fois l'âge de la rose.A Madame de XX qui avait fait présent d'un rosier à l'auteur (Ce texte est de Voltaire !)
Vous embellissez la retraite,
Où, loin des sots et de leur bruit,
Dans le sein d'une étude abstraite,
De la paix je goûte le fruit ;
C'est par vos bienfaits qu'il arrive,
Que le pluscharmant arbrisseau,
Au verger que ma main cultive
Va prêter un éclat nouveau ;
De ce don mon âme est touchée ;
Ainsi dans l'âge heureux d'Astrée,
La main brillante des talents,
En dépit des traits de l'envie,
Sur les épines de la vie
Sema les roses du printemps.